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"Les collectivités territoriales craignent pour leur avenir"

Date de publication : 25/01/2018

 Michèle PICARD

Maire de Vénissieux, conseillère communautaire

 

"Les collectivités territoriales craignent pour leur avenir"

 

 

La nouvelle année est une année particulière, une année charnière pour les communes. Les plans d’austérité imposés aux collectivités locales se succèdent, les équilibres budgétaires deviennent difficiles à trouver, et les finances de certaines communes, sont d’ores et déjà dans le rouge. 

Beaucoup ont rogné sur leurs missions de proximité. Quand un festival est annulé, quand une piscine reste fermée l’été, quand des postes d’ATSEM sont supprimés, qui est pénalisé en premier lieu ? Les habitants ! Il en est de même pour les capacités d’investissement public, moteur pour le BTP et l’économie locale. L’ampleur du repli du bloc communal, entre 2013 et 2019, serait de -24%, selon les premières projections d’une étude de la Banque Postale, et de l’Association des Maires de France.

Les annonces du nouveau gouvernement et le cap ultra libéral   d’Emmanuel Macron, ont provoqué la colère des collectivités territoriales, de toute obédience politique. Sur le fond, les 13 milliards d’euros d’économies qui nous sont demandés, d’ici 2022, vont aggraver un peu plus encore, une situation déjà tendue, pour les communes et les habitants. 

Le message du gouvernement est clair : il veut faire plier les collectivités locales, en leur imposant la mise en place de services publics a minima, ou en les forçant à livrer au privé, une partie de leurs missions. L’Etat ne prend pas de gants d’ailleurs, puisqu’il entend conditionner les dotations versées, à la limitation de nos dépenses de fonctionnement, plafonnées à 1,2% par an. Les besoins des habitants et l’indépendance de nos politiques, sont ainsi placés sous le radar du gouvernement, qui tranchera de façon arbitraire, et fera peser une menace permanente sur nos budgets. 

 

 

 

Peut-on encore parler de libre administration des communes dans ces conditions ? Je ne le crois pas. D’autant que la quasi disparition de la taxe d’habitation, d’ici 2020, rend les collectivités locales tributaires des dotations qui lui seront, ou pas, versées. 

Je rappelle qu’à ce jour, nous ne savons toujours pas comment, jusqu’à quelle hauteur, ni pour combien de temps, l’Etat versera une compensation à la taxe d’habitation. Dans ces conditions, nous devons créer des résistances, mener le combat contre les orientations destructrices du gouvernement, car c’est l’avenir des communes qui est en jeu. Notre vocation n’est pas de devenir une chambre d’enregistrement, mais le lieu de toutes les proximités, et de politiques indépendantes.

Sur la forme, il y a là aussi beaucoup à dire. J’entends encore les arguments de la République En Marche, pour une république rénovée, je constate au contraire, la pratique d’une république verrouillée, sclérosée. Utilisation des ordonnances pour la casse du code du travail, et apparemment, pour la future loi logement, afin de court-circuiter le débat parlementaire. Aucune concertation, et une décision brutale cet été, de couper dans des crédits politique de la Ville, qui étaient pourtant déjà affectés à des opérations. 

Perte pour Vénissieux : 47 000€. Pas de dialogue non plus, pour le dédoublement des classes de CP en quartiers prioritaires, dès la rentrée 2017, qui a provoqué, vous pouvez l’imaginer, d’énormes difficultés d’organisation, et la colère des enseignants. 

Les décisions sont verticales, elles tombent sur les collectivités, sans préavis, sans échanges, et les mettent dos au mur. C’est une façon de faire inacceptable, et c’est la marque d’un retour à un centralisme, complètement anachronique.  

Enfin, pour les familles modestes, et pour les quartiers populaires, la ligne          ultra-libérale d’Emmanuel Macron, aggrave encore plus la précarité, tout en réinventant la relégation territoriale. Hausse de la CSG, perte de pouvoir d’achat pour les retraités, salariés et chômeurs, contrats de travail de plus en plus précaires… quand les plus nantis vont profiter, eux, de la suppression de l’ISF. Si ce n’est pas une politique de droite libérale, alors je ne sais pas quel qualificatif il faut utiliser ! 

Mais les mauvais coups ne s’arrêtent pas là, les quartiers populaires sont eux aussi, dans la ligne de mire. 

La baisse des APL, compensée par les bailleurs sociaux, va provoquer une réaction en chaîne, très inquiétante. Les organismes sociaux n’auront pas le choix. On estime que 220 d’entre eux seront dans le rouge, dès 2018. Derrière, n’en doutez pas, la spéculation va aller bon train, et les bailleurs pris à la gorge, seront obligés de vendre au privé, la partie la plus rentable de leur parc, ou contraints d’en limiter la construction et la réhabilitation. Ainsi, 54 000 logements neufs ne verront pas le jour, et plus de        100 000 logements ne seront pas réhabilités.

Jamais le contexte national n’a autant pesé sur les collectivités locales. Il faut pourtant se battre, ne pas céder sur ces questions essentielles, que porte Vénissieux :      la primauté de l’intérêt général, la place de l’humain, le rejet frontal d’une vision comptable de nos territoires, et l’autonomie de nos politiques de proximité. Vous le savez, un événement va marquer l’année qui s’ouvre, il aura une portée indéniable à Vénissieux, mais aussi dans l’agglomération lyonnaise. La pose de la première pierre du projet d’ensemble Grand Parilly-Puisoz, marque l’aboutissement d’un travail, mené depuis de nombreuses années. 

 

 

Notre volonté de construire un quartier de vie, et pas uniquement un lieu de passage, ou un espace commercial, a été entendue, et va voir le jour. Un projet de cette ambition, même s’il suscite des interrogations légitimes, est une formidable locomotive pour Vénissieux. Des grandes enseignes vont sortir de terre, dès 2019, mais également des logements, du tertiaire, des commerces de proximité, des services publics. 

Aujourd’hui encore, je défends auprès de l’ARS, le projet d’installation d’un EHPAD, et de différentes professions médicales, pour favoriser l’accès aux soins. Avec nos partenaires, avec Pôle Emploi, nous avons engagé un travail commun, pour favoriser les créations d’emplois, et offrir des opportunités aux Vénissians. Nous avons passé par ailleurs, près de 60 000 heures de clauses d’insertion. Le développement urbain de notre ville doit profiter à ses habitants, il doit aussi respecter l’identité des territoires, et avancer dans tous les quartiers. 

C’est l’esprit que nous avons privilégié, tout au long de l’élaboration du PLU-H : préserver certains espaces, densifier des axes structurants, garder notre atout des espaces verts, créer de nouvelles zones économiques. 

Le Cœur de Ville, le développement au nord, du boulevard urbain sud, illustrent l’attractivité de l’ensemble de notre territoire. La rénovation urbaine se poursuit bien évidemment, dans le cadre du nouveau PNRU Minguettes-Clochettes. Une convention de site sera signée, avec l’ensemble de nos partenaires, à ce sujet. Et nous continuerons de porter en 2018, cet enjeu majeur, du logement digne et solidaire. La Sacoviv lancera son vaste et ambitieux programme de réhabilitation. Avec le Couloud à l’automne 2018, soit 220 logements, d’un montant de 12,5 millions d’euros, intégrée au protocole du programme national pour la rénovation urbaine. Puis le Monery (286 logements) au printemps prochain, d’un montant de 12 millions. Enfin, 400 logements sociaux verront le jour, en 2018 et 2019.

Dans les villes populaires, deux batailles me paraissent capitales. Celle de l’emploi, notamment l’emploi des jeunes, et celle de la présence d’équipements et de services publics efficients et de qualité, sur chaque centimètre que compte notre République. Au sujet de la première, la Métropole a annoncé la création d’un campus industriel à Vénissieux. Ce campus valorise notre territoire. 

il récompense aussi les combats que nous continuons de mener, souvent seuls, bien trop seuls, face à un Etat qui ne cesse de capituler, devant l’enjeu industriel. Laissons à ce campus le temps de grandir, de devenir un vivier des industries innovantes, pour lesquelles notre majorité se bat, quand tant d’autres trouvent dérisoire, de défendre l’emploi et les savoir-faire industriels. Ils ont tort, car il n’y a pas, et il n’y a jamais eu, de richesses à partager sans, au préalable, une production de richesses. Ce campus pourrait devenir une vitrine de l’industrie du futur, à condition qu’il s’ouvre et profite de l’expérience des industries existantes, qu’il les booste, et qu’il entre en résonance avec les dispositifs de formation, d’insertion. En un mot, qu’il crée de l’emploi, tout simplement. 

Se tourner vers l’avenir ne signifie pas abandonner l’existant. Quand l’outil de production est viable, que les débouchés existent, et que les carnets de commandes se remplissent, pourquoi faudrait-il céder ces savoir-faire, à la délocalisation ou à la gabegie de la finance ? Si les richesses étaient investies, dans l’outil de production et les ressources humaines, et pas dans les dividendes, nous n’en serions pas là. 

 

 

 

Ce campus, l’extension du laboratoire Carso, le futur technicentre SNCF, le pôle automobile, le commerce de proximité, montrent en tout cas, que nos territoires sont attractifs. Autre signe qui ne trompe pas, cent entreprises ont rejoint la Charte de Coopération, que la ville de Vénissieux a lancée en 2015. Rapprocher les jeunes du marché du travail est vital. Il faut les aider à mettre le pied à l’étrier, et c’est tout le sens de notre choix de transférer la Mission Locale dans la Maison des Services Publics, plus accessible, et mieux exposée en termes de visibilité.

S’il y a bien une autre bataille à ne pas perdre en 2018, c’est celle des services publics. De leur présence dépendent la cohésion de notre ville, et le vivre ensemble. Ce sont les services publics, qui ont écrit l’histoire de Vénissieux, ce sont eux qui en dessineront l’avenir. J’assume entièrement et pleinement ce choix, je le revendique haut et fort, tant il correspond à notre volonté de construire une ville solidaire et tolérante. 

Je commencerai par l’ouverture de la nouvelle cuisine centrale. Cessons de parler de coût à son sujet, parlons plutôt d’investissement, un investissement majeur, pour garder une maîtrise publique d’un enjeu, aussi important que la santé. 

Un investissement qui nous permettra de produire jusqu’à 6 000 repas jour, à destination de 42 restaurants scolaires, 7 crèches, 3 centres de loisirs, 2 résidences de personnes âgées, et un foyer soleil de Vénissieux. Quand pour beaucoup d’enfants, le repas à la cantine est le seul repas équilibré de la journée, à un prix l’un des plus bas de l’agglomération, on sert quoi, si ce n’est l’intérêt général ? Et on pense à quoi, si ce n’est à l’équilibre nutritionnel, de nos enfants et aînés ? Cette nouvelle cuisine centrale s’inscrit dans une réflexion plus globale, avec la mise place de self-services pour les élémentaires, dans les groupes scolaires, que nous poursuivrons, dans les mois et années à venir. 

Autre ambition publique : l’éducation de nos enfants. 

  • 2013 : inauguration du nouveau groupe scolaire Joliot-Curie. 
  • 2016 : ouverture du 21ème groupe scolaire public de Vénissieux, FloraTristan. 
  • 2017 : l’extension du groupe Joliot-Curie et la réhabilitation de l’écoleCharréard. 
  • 2018 : les travaux de réhabilitation du groupe scolaire Louis Pasteur, inscrità l’inventaire des Monuments historiques, sont lancés. 

 

Huit nouvelles classes vont voir le jour pour un investissement de 2,25 millions d’euros. 

 

L’ambition éducative se lit aussi, dans la continuité éducative de nos investissements. C’est un combat sur la durée, un combat pour l’avenir des jeunes générations, que Vénissieux mène, en investissant aussi bien en termes d’équipements, que de ressources humaines. Les services publics de proximité ne sont pas le problème, ils sont la solution.

2018 sera aussi une année, pour faire vivre la démocratie participative. Les nouveaux conseils de quartier ont été élus, avec une participation qui a doublé, et un profond renouvellement des délégués : il y avait en effet 36 sortants, pour 90 nouveaux candidats, de quoi ouvrir une nouvelle page, et imprimer un nouveau souffle à la démocratie participative. Les Vénissians ont exprimé leur désir d’être associés au développement de leur ville, et je les en félicite. Il faut rapprocher le citoyen des centres de décision, qui ont pu se sentir dépossédés, du moins mis en retrait, avec la création de la Métropole. 

Notre ville y est bien présente, elle y occupe une place à part entière, avec la détermination de défendre les Vénissians et Vénissieux, et d’introduire toujours plus de démocratie au cœur de la Métropole. 

Mais ce combat pour la démocratie, c’est aussi votre combat, celui de la presse, et le nôtre, celui du lecteur. Je tiens à une presse libre, indépendante de tout pouvoir, une presse aiguillon des débats de société et politiques, loin des rumeurs, de l’anonymat, et des « like » inquisiteurs des réseaux sociaux. L’outil numérique n’est pas un problème, c’est même une avancée, mais son utilisation doit nous interroger. Je suis convaincue, vous le savez, que les journalistes ont un rôle-clé à jouer, dans le renouveau et le renforcement de la démocratie de proximité. 

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